Occupation double

-À l’aide, s’il vous plaît, quelqu’un, n’importe qui, sauvez-moi!

J’ai beau crier, mais en vain, cette mince porte semble capable de m’étouffer même lorsque je m’époumone contre elle. Pourtant, j’entends clairement ce qui se passe de l’autre coté, j’entends bien toutes les conversations, parfois même lorsque je ferme les yeux, les images de ce qui s’y passe m’apparaissent. Je vois bien les gens qui circulent le long du couloir, s’arrêtant pour contempler cette porte fermée et condamnée.

Cela fait bien trop longtemps que je suis coincé dans cet hôtel, j’ai besoin de rentrer chez moi.

Au début c’était bien, je pouvais m’étendre, dormir, à mon réveil, j’étais rassasié et reposé et je sortais profiter du paysage et de toutes ces belles choses que le monde a à offrir. Je me rappelle cette époque où tout était si brillant, si étincelant. Malheureusement, tout changea lorsqu’il arriva un soir, je ne me souviens plus lequel. Il m’apparut un peu bête, mais il semblait sympathique et sûr de lui…

Très rapidement, il se mit à m’accompagner un peu partout, je ne pouvais pas le blâmer, il ne connaissait personne dans les environs. Puis peu à peu, il se mit à sortir avec mes amis, à les inviter à sortir et lorsque je leur parlais, ils semblaient de plus en plus désintéressés. Jusqu’au jour où pendant mon sommeil qui n’était plus aussi réparateur, il changea la serrure. Non seulement ma clé ne fonctionnait telle pas, mais en plus, je ne pouvais sortir puisque la serrure était des deux cotés. Lorsque je l’interrogeai sur la raison du changement, il me répondit :

-Tu es trop faible, j’ai peur pour toi. Je veux être sûr de pouvoir te protéger quand tu sors.

Sa réponse m’insulta quelques peu, mais je n’étais pas capable de lui tenir tête, il m’effrayait beaucoup trop. En plus, le gérant de l’hôtel ne laisserait jamais les choses aller ainsi, ce n’était qu’un bout difficile à passer.

Au début, malgré le désagrément, j’y voyais certains avantages. Certes, je sortais moins, mais lorsque je prenais l’air, c’est avec confiance que je m’exprimais, puisque je savais qu’il serait là pour me protéger. Il m’arriva même à un certain moment de voir du respect dans les yeux des gens.

Malheureusement, il devint de plus en plus restreignant et après un certain temps, je ne voyais plus le soleil qu’au travers les fenêtres salies de l’hôtel. Je commençais à désespérer d’un jour être sauver. Mes sorties d’une rareté insensée n’était plus maintenant permises que durant quelques instants pendant lesquels je ne pouvais m’empêcher d’exploser en sanglots.

Ma vie me semblait un enfer constant et c’est avec dépit que je tentais d’être entendu des gens de l’extérieur. La pièce accumulait la poussière et les murs à l’origine éclatants de couleur ne semblaient plus maintenant qu’étaler divers tons de gris. À ma plus grande chance, il arrivait qu’il rentre bien bourré et là, je pouvais espérer qu’il oublie de bien fermer la porte. Dans ces rares occasions, je pouvais parfois glisser quelques mots à un passant de l’extérieur, par la petite fente que la chainette me laissait. Les réactions étaient plutôt variées, les gens passaient alors du mépris au désintérêt, parfois même riaient-ils croyant à la plaisanterie. Puis après un certain temps, ils m’abandonnaient ennuyés et importunés, moi je restais là à converser et à me confesser au néant.

Immanquablement, il se ressaisissait et d’un mouvement sec, m’envoyait valser à l’autre bout de la pièce. Puis, il ouvrait la porte en me jetant un regard méprisant en me disant :

-Tu vois, tu fais encore un fou de toi, là je vais devoir aller t’excuser à tout ce monde.

Puis il refermait la porte et me laissait là, interdit, fixant la porte, les yeux plein d’eau et les poings serrés.

Je fermais alors les yeux et je le voyais se glisser dans les corridors en titubant, si fier et imposant malgré son lamentable état. N’importe qui d’autre aurait inspiré le mépris, mais pas lui, les gens sans le craindre semblaient le respecter dans toute sa décadence.

Je comprenais alors tout son mépris pour moi, j’étais là, dans l’ombre et la poussière, à pleurnicher et à tousser sans réagir. Pourquoi aurais-je donc mérité mieux que ce mépris?

J’ai compris maintenant que c’est dans mes songes nocturnes que se cache la solution. Car parfois, lorsque par ennui, je m’allonge en laissant le temps couler et la poussière me couvrir, je m’endors ainsi et je rêve.

Je rêve paisiblement au jour ou enfin, j’oserais, car il n’est pas plus gros que moi, pas plus fort ni plus intelligent. Je ne sais pas quand il a décidé que cette chambre était sienne, mais il doit savoir que j’ai le droit d’être chez moi!

Ma tête est peut-être un hôtel, mais c’est en occupation simple que je veux visiter ma vie!

~ par Olivier Grondin le août 17, 2009.

Une Réponse to “Occupation double”

  1. Génial! Captivant dès le début! Mais comment ton personnage inter-reagierait dans la vie apres s’etre sorti de la, ou meme quand quand il était encore en semi-détention? aller creuse mon vieux!(pour dautre texte)
    n’empeche rien que cest génial

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